16 12 2025
Bande dessinée et tant d’autres « choses » !
Mathieu Siam et Thibaut Lambert aiment saucissonner. Pas qu’à l’apéritif ! Même leur résidence est découpée en fines tranches. Quatre tranches d’égales épaisseurs, réparties entre fin d’été et début d’hiver. Quatre mois, quatre tranches. Le premier arrive de la Vienne, le second de Marenne-Oléron bien que natif de Namur, donc de Belgique. Autre pays de la BD s’il en est !
Le premier est branché sur le triphasé, il a la bougeotte, il a la rencontre peps. Thibaud, lui, est plus en retrait. Son sourire atteste de sa vision décalée, du style, je ne dis rien, mais on ne me l’a fait pas ! Une complémentarité de caractère qui se retrouve dans le travail. Être un binôme productif, qui ne s’engueule pas au moindre crayonné de travers, n’est pas le fruit du hasard.
Première semaine à la maison du Goupillou, fin septembre. Installation directe dans le grand salon. Qui dit grand salon dit grand déménagement. Grandes tables et petites tables bout à bout. Des kilomètres de rallonges électriques. Des ordinateurs, de grands écrans. Mathieu et Thibaut voient en grand. Truffe, le félin doudou de la maison a remarqué que « z’ont mis un bazar dans mon salon, ceux-là ! Heureusement, sont sympas ! »
Le temps de leur résidence est un temps de création artistique et de « médiation » dans les écoles, médiathèques et autres lieux aux publics diversifiés. C’est aussi un temps de création de leur propre maison d’édition. Ils voient en grand (bis), ils voient en indépendant. Ils ne passent pas tout leur temps à
saucissonner !
« Juste un trait, saperlipopette ! »
Le jeune garçon tient un stylo entre ses doigts. Une grande feuille blanche lui tend sa virginité. Elle est posée sous un banc de reproduction, une caméra filme la feuille qui est projetée sur un grand écran. « Trace un trait » lui dit Thibaut. Le gamin semble surpris. « Oui, mais un trait comment ? « Un trait... Un trait... » confirme Thibaut, zen. Pas mieux, la consigne semble toujours aussi abstraite pour l’apprenti. « Tu traces un trait avec le stylo, un trait. » Encore quelques hésitations, et le stylo dessine un tout petit trait, tout rikiki, pas du tout appuyé, le minimum quoi ! Mais c’est fait. Avec empressement, le garçon laisse sa place à la suivante et se glisse en queue de la file. Ouf, il est sauvé.
Mais que vient-il de se passer ? Nul besoin d’être pédopsychiatre pour se rendre compte que ce gamin, tout à fait éveillé et content d’être là, a été bloqué par le manque de consigne complexe. Il était libre de faire la chose la plus simple du monde. Un trait avec un stylo. Pourquoi a-t-il cherché midi à quatorze heures ? Trop de liberté tuerait-elle la liberté ? À méditer ?
Un soir à la « Micro-Folie » de Brantôme
Sortir de leur coquille créatrice. Voilà ce que Camille Fauré, la chef d’orchestre des actions culturelles de la Communauté de Communes Dronne et Belle a proposé à Mathieu et Thibaut. Une soirée à la Micro-Folie de Brantôme. Micro-Folie ? Ces endroits qui maillent le territoire français, directement câblés sur les « Grands musés » et des centaines de lieux de culture. Aux dernières nouvelles 643 Micro-Folies sont implantées en France métropolitaine et ultramarine. La culture au bout du câble. Mais pas que. Profitant du lieu pour y programmer des rencontres « avec des vrais gens » et des artistes, Camille et son binôme Mathilde ont invité les deux résidents de la maison du Goupillou à venir parler... d’eux. Thibaut Lambert, Mathieu Siam, leur vie, leur œuvre, leurs sources d’inspiration et leurs envies ! Leur rencontre aussi ? Chouette soirée où nous passâmes du douanier Rousseau à Black et Mortimer ; de Bernard Moitessier à une résidence en maison de retraite (si, si !), de Botero à Benjamin Flao... les deux compères sont avant tout des amoureux des arts, ils kiffent la liberté et l’engagement social. Voilà, à quoi sert une rencontre entre un public curieux et des invités généreux.
Rencontre animée par Arnaud Galy – maison du Goupillou
Bouboule fait son intéressant !
Dehors, les musiques de Noël couvrent les papotages des visiteurs qui trinquent à coups de vin chaud. Cannelle et poivre dégagent les nez frigorifiés. Il fait froid à Brantôme, ce 14 décembre. Tant mieux, car à l’intérieur de la Micro-Folie, c’est l’Igloo-Folie. Mathieu et Thibaut ont convié tous leurs personnages à venir se présenter au public. Ils sont tous là : entre autres Bouboule de neige, Glagla, Flocons et Maître Yéti. Mathieu et Thibaut alternent à la lecture et au dessin projeté en direct sur la méga télévision de l’Igloo-Folie. Gabriel au piano et Justin à la batterie et au steel drum accompagnent de rythmes jazzy et de sons descendus des cimes tibétaines les mélanges de pastels et d’aquarelles qui vivent sur l’écran.
Bouboule de neige est la risée de ses « petits camarades » bonhommes de neige. Bouboule est un brin... bouboule et, de plus, il trouve que les jeux qui se pratiquent sur la patinoire de récréation sont des jeux de bébés. Bouboule a son petit caractère, quand même ! Maître Yéti a beau tenter de ramener pacifisme et bon esprit au sein de sa petite communauté, il n’est pas super efficace. Comment Bouboule imposera-t-il sa mignonnerie contemplative ? En quoi sa bouboulitude lui procurera la joie de voir ce que les autres bonhommes de neige ne verront jamais ? Vous le saurez en lisant le livre audio qui sera à votre disposition à l’automne prochain.
Thibaut et Mathieu sont arrivés à la maison du Goupillou, un scénario et des idées graphiques en tête. Les bases étaient là, il ne manquait plus qu’à travailler sur le métier ! Quatre fois une semaine plus tard, le projet est présentable. Ils viennent d’en proposer une version épatante aux petits et grands des alentours.
Le soir, alors qu’ils s’étaient promis de débrancher leur cerveau pour déguster un apéro, tranquillou, ils n’ont fait que jeter sur la table des idées... d’amélioration. Débrancher le cerveau d’artistes, peine perdue. À la maison du Goupillou, on ne débranche pas, on crée ! Parole de Bouboule et de Maître Yéti.