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2025 - Le blogue du Goupil et de ses amis ! 2/2
Un soutien de la première heure de la maison du Goupillou
16 12 2025
Bande dessinée et tant d’autres « choses » !
Mathieu Siam et Thibaut Lambert aiment saucissonner. Pas qu’à l’apéritif ! Même leur résidence est découpée en fines tranches. Quatre tranches d’égales épaisseurs, réparties entre fin d’été et début d’hiver. Quatre mois, quatre tranches. Le premier arrive de la Vienne, le second de Marenne-Oléron bien que natif de Namur, donc de Belgique. Autre pays de la BD s’il en est !
Le premier est branché sur le triphasé, il a la bougeotte, il a la rencontre peps. Thibaud, lui, est plus en retrait. Son sourire atteste de sa vision décalée, du style, je ne dis rien, mais on ne me l’a fait pas ! Une complémentarité de caractère qui se retrouve dans le travail. Être un binôme productif, qui ne s’engueule pas au moindre crayonné de travers, n’est pas le fruit du hasard.
Première semaine à la maison du Goupillou, fin septembre. Installation directe dans le grand salon. Qui dit grand salon dit grand déménagement. Grandes tables et petites tables bout à bout. Des kilomètres de rallonges électriques. Des ordinateurs, de grands écrans. Mathieu et Thibaut voient en grand. Truffe, le félin doudou de la maison a remarqué que « z’ont mis un bazar dans mon salon, ceux-là ! Heureusement, sont sympas ! »
Le temps de leur résidence est un temps de création artistique et de « médiation » dans les écoles, médiathèques et autres lieux aux publics diversifiés. C’est aussi un temps de création de leur propre maison d’édition. Ils voient en grand (bis), ils voient en indépendant. Ils ne passent pas tout leur temps à
saucissonner !
Mathieu Siam répète dans le salon de la maison du Goupillou
Le jeune garçon tient un stylo entre ses doigts. Une grande feuille blanche lui tend sa virginité. Elle est posée sous un banc de reproduction, une caméra filme la feuille qui est projetée sur un grand écran. « Trace un trait » lui dit Thibaut. Le gamin semble surpris. « Oui, mais un trait comment ? « Un trait... Un trait... » confirme Thibaut, zen. Pas mieux, la consigne semble toujours aussi abstraite pour l’apprenti. « Tu traces un trait avec le stylo, un trait. » Encore quelques hésitations, et le stylo dessine un tout petit trait, tout rikiki, pas du tout appuyé, le minimum quoi ! Mais c’est fait. Avec empressement, le garçon laisse sa place à la suivante et se glisse en queue de la file. Ouf, il est sauvé.
Mais que vient-il de se passer ? Nul besoin d’être pédopsychiatre pour se rendre compte que ce gamin, tout à fait éveillé et content d’être là, a été bloqué par le manque de consigne complexe. Il était libre de faire la chose la plus simple du monde. Un trait avec un stylo. Pourquoi a-t-il cherché midi à quatorze heures ? Trop de liberté tuerait-elle la liberté ? À méditer ?
Mathieu et Thibaut expliquent le pourquoi et le comment du dessin
Un soir à la « Micro-Folie » de Brantôme
Sortir de leur coquille créatrice. Voilà ce que Camille Fauré, la chef d’orchestre des actions culturelles de la Communauté de Communes Dronne et Belle a proposé à Mathieu et Thibaut. Une soirée à la Micro-Folie de Brantôme. Micro-Folie ? Ces endroits qui maillent le territoire français, directement câblés sur les « Grands musés » et des centaines de lieux de culture. Aux dernières nouvelles 643 Micro-Folies sont implantées en France métropolitaine et ultramarine. La culture au bout du câble. Mais pas que. Profitant du lieu pour y programmer des rencontres « avec des vrais gens » et des artistes, Camille et son binôme Mathilde ont invité les deux résidents de la maison du Goupillou à venir parler... d’eux. Thibaut Lambert, Mathieu Siam, leur vie, leur œuvre, leurs sources d’inspiration et leurs envies ! Leur rencontre aussi ? Chouette soirée où nous passâmes du douanier Rousseau à Black et Mortimer ; de Bernard Moitessier à une résidence en maison de retraite (si, si !), de Botero à Benjamin Flao... les deux compères sont avant tout des amoureux des arts, ils kiffent la liberté et l’engagement social. Voilà, à quoi sert une rencontre entre un public curieux et des invités généreux. Rencontre animée par Arnaud Galy – maison du Goupillou
Bouboule fait son intéressant !
Dehors, les musiques de Noël couvrent les papotages des visiteurs qui trinquent à coups de vin chaud. Cannelle et poivre dégagent les nez frigorifiés. Il fait froid à Brantôme, ce 14 décembre. Tant mieux, car à l’intérieur de la Micro-Folie, c’est l’Igloo-Folie. Mathieu et Thibaut ont convié tous leurs personnages à venir se présenter au public. Ils sont tous là : entre autres Bouboule de neige, Glagla, Flocons et Maître Yéti. Mathieu et Thibaut alternent à la lecture et au dessin projeté en direct sur la méga télévision de l’Igloo-Folie. Gabriel au piano et Justin à la batterie et au steel drum accompagnent de rythmes jazzy et de sons descendus des cimes tibétaines les mélanges de pastels et d’aquarelles qui vivent sur l’écran.
Bouboule de neige est la risée de ses « petits camarades » bonhommes de neige. Bouboule est un brin... bouboule et, de plus, il trouve que les jeux qui se pratiquent sur la patinoire de récréation sont des jeux de bébés. Bouboule a son petit caractère, quand même ! Maître Yéti a beau tenter de ramener pacifisme et bon esprit au sein de sa petite communauté, il n’est pas super efficace. Comment Bouboule imposera-t-il sa mignonnerie contemplative ? En quoi sa bouboulitude lui procurera la joie de voir ce que les autres bonhommes de neige ne verront jamais ? Vous le saurez en lisant le livre audio qui sera à votre disposition à l’automne prochain.
Thibaut et Mathieu sont arrivés à la maison du Goupillou, un scénario et des idées graphiques en tête. Les bases étaient là, il ne manquait plus qu’à travailler sur le métier ! Quatre fois une semaine plus tard, le projet est présentable. Ils viennent d’en proposer une version épatante aux petits et grands des alentours.
Le soir, alors qu’ils s’étaient promis de débrancher leur cerveau pour déguster un apéro, tranquillou, ils n’ont fait que jeter sur la table des idées... d’amélioration. Débrancher le cerveau d’artistes, peine perdue. À la maison du Goupillou, on ne débranche pas, on crée ! Parole de Bouboule et de Maître Yéti.
Des nouvelles d’Hella Feki et de la Reine sans royaume...
À ce qu’il paraît, les belles histoires débutent par un bien peu original : « Il était une fois ».
Il était une fois, été 2024, Hella Feki, vint en résidence la maison du Goupillou. Dans ses valises, des romans comme si il en pleuvait et de la documentation consommable à toute heure. Enfermée dans sa chambre, son récit avançait, avançait...
Un an après, sortie littéraire oblige, Hella Feki est sur toutes les tables de présentation des libraires, cause de radio en radio, françaises, tunisiennes et malgaches...
Sourire et un brin de fierté à la maison du Goupillou. Pas la fierté qui fait bomber le torse, celle qui rend heureux...
Et puis, et puis... qu’apprend-on ?
Qu’au milieu des presque 500 romans de la rentrée littéraire, la reine d’Hella fait déjà son petit bonhomme de chemin. Sélectionné pour le prix Simone Veil/des femmes de lettres ainsi que pour le prix Honoré de Balzac.
Si la reine d’Hella Feki n’a pas de royaume, elle ne manque pas d’atouts !
Son pays ne manque pas de poétesses du quotidien, ni de prêtresses chantant les maux de la communauté, ni de beaux-parleurs aux discours fleuris... mais Nadale Fidine, elle, a choisi de s’exprimer au-delà de son cercle et des limites de Maroua où elle enseigne. Elle veut que ses mots s’exportent pourquoi pas s’exilent. Elle est venue chercher à la maison du Goupillou, un temps hors du temps, un temps favorable à l’expression de ses craintes, ses doutes et ses espoirs.
Après avoir connu, ces dernières années, la Chartreuse à Villeneuve lez Avignon et la Maison des autrices à Limoges, Nadale Fidine est arrivée début juillet à la résidence. Celle qui pose un regard aiguisé sur la société camerounaise suit avec attention l’actualité de son pays. 2025 est une année électorale et l’automne promet d’être chaud. Le vieux lion au pouvoir refuse de partir et maltraite ses opposants. Nadale, bien qu’isolée dans nos bois, ne peut s’empêcher de garder un œil sur les réseaux. Elle n’est pas prête de manquer de matière première pour ses pièces engagées. Malheureusement pour le Cameroun !
Nadale Fidine reçoit à la maison du Goupillou un carton rempli de sa dernière publication (oeuvre collective) : "Sur le fil", n° 2 de la Kopé Théâtre, "Quand la berceuse n’endort plus"
Entretien avec Nadale Fidine
par Arnaud Galy - Mdg
Le Cameroun est un pays où de nombreuses langues sont parlées et peuplé d’une grande diversité éthnique, dans quel contexte géographique et culturel es-tu née ?
Tu viens donc d’une région très éloignée des centres politiques et économiques du pays, cela a-t-il une incidence sur ta création ?
Tes écrits sont à la fois politiques, au sens large du terme, et aussi très poétiques...
Tu mènes une double carrière, littéraire bien entendu et tu es aussi enseignante de français dans un lycée bilingue à Maroua. Comment vis-tu cette situation, y vois-tu un avantage ?
Peux-tu nous parler de l’édition et de la diffusion des oeuvres littéraires et théâtrales au Cameroun ?
Tu repartiras de la maison du Goupillou avec une pièce terminée, le Champ de rouille, es-tu arrivée avec une page blanche ou déjà les idées bien en place ?
Le Champ de rouille parle de la difficulté pour les villages à préserver à la fois un environnement sain et la culture traditionnelle face au développement économique brutal...
... la tradition et les croyances sont-elles en péril ?
Nadale Fidine entourée de Christine Zwingman (Beaurecueil - Forge de la Poésie) et Anaïs Enon (résidente à la maison du Goupillou)
Une boule d’énergie. Rassure-toi Anaïs, je ne m’arrêterai pas à cette facilité pour te présenter ! Mais tu reconnaîtras avec moi qu’avant de te percer plus avant, comme une ombre sur un mur, ton entrain te précède !
Comme toute Marseillaise – même d’adoption – la boussole interne d’Anaïs Enon pointe sa flèche vers le Sud. Sa ville témoigne de la face méditerranéenne de l’hexagone et l’opposition viscérale, même si un brin surjouée, à Paris. Tout n’y est qu’appel du large, excepté quand la sardine bloque l’entrée et donc la sortie du port ! Anaïs colle à ce tropisme. N’est-elle pas partie aux vacances d’été, seule à 13 ans, à la Réunion, pour y retrouver une copine ? Elle y goûta un climat, des fruits et une atmosphère qui laissèrent sans aucun doute quelques « séquelles » !
Les années passant, Anaïs ne décroche pas. Drogue dure, le large ? Ou alors, une douce drogue dure ! Ainsi, juste avant sa venue à la maison du Goupillou, elle partit en résidence à Saint-Louis du Sénégal, à la Villa Ndar. En binôme avec Julie Rousse, elle y écrivit et enregistra un podcast* retraçant la vie et l’ambition littéraire de Sembène Ousmane. Un Sénégalais de Ziguinchor (Casamance) devenu docker écrivain et cinéaste sur le port de Marseille. Une légende pour bien des écrivains africains, un homme de terrain, engagé auprès des ouvriers et des laissés-pour-compte. Anaïs a plongé dans l’univers enfumé d’un artiste en équilibre entre documentaire et fiction.
Mais Anaïs Enon a d’autres cordes à son arc. Elle est une voix, elle lit, joue et double. Son élocution parfaite autant que sa voix « fort et claire » comme disent les Marins-pompiers lors de leurs appels radio, font d’elle une super pro en studio.
* Sembène l’ainé des anciens, Anaïs Enon et Julie Rousse
Depuis 2022, Anaïs Enon planche sur un projet d’écriture qui l’éloigne de cette recherche d’horizon et de grand large. Enfin pas tant que cela ! Reprenons : Anaïs a décidé de taper un grand coup dans la fourmilière des scandales d’état. État français. Pas une exaction que de louches barbouzes auraient fomentée dans un pays fraîchement décolonisé ou dans un port de Nouvelle-Zélande. Non, non. « Une » fabriquée de toute pièce par des gouvernements français en perte totale de repères, pour ne pas dire d’éthique. Et surtout « une » entre un territoire dit français et la métropole : « une » que nous appelons communément, « les enfants de la Creuse » bien « qu’elle » ne concerne pas par exclusivement ce département du centre de la France.
Pour ceux qui seraient passés à côté du fait, un bref résumé un brin provocateur mais factuellement vérifiable et vérifié :
En 1962, comme si les relations franco-algériennes n’étaient pas assez énergivores pour les têtes pensantes du gouvernement français, il a fallu que certaines pondent une idée qui laisse pantois : et si pour repeupler les départements ruraux de l’hexagone en proie à l’exode vers Paris, ou les grandes villes, nous allions chercher des petits Réunionnais pour les distribuer de-ci de-là ? Des orphelins ? Oui, pourquoi pas, mais aussi des gamins pourvus de parents pauvres... Histoire de simplifier le truc, on pourrait distribuer les gamins dans des fermes, creusoises ou limousines, sans aucun contrôle des services sociaux. Aussi, histoire d’appuyer sur le sordide, pourquoi pas faire avorter des Réunionnaises de force ? En filant un billet à l’heureux papa pour qu’il y trouve un avantage, quand même ! De 1962 à 1984, 2000 gamins et donc familles ont subi ce honteux trafic.
Le but de ce papier n’est pas de « divulgacher » l’histoire ! Juste de contextualiser. Anaïs Enon s’est emparée de ce lourd dossier en écrivant une nouvelle. Huit petites pages, intitulées À fleur d’eau, très bien accueillies par le milieu, qui obtinrent en 2024, le 1er prix du concours de nouvelles G-E Clancier. Encouragée par ce succès, l’autrice se piqua de vouloir approfondir ses écrits. À la maison du Goupillou, les pages s’enchaînent et les recherches s’affinent. Après un retour estival dans son paradis marseillais, elle repartira en septembre terminer – souhaitons-lui – son roman lors d’une résidence à Cahors, à la Fabrique francophone.
Et puis ? Pour boucler la boucle, Anaïs Enon proposera une lecture musicale. Un peu de patience, à la rentrée 2025, ou début 2026. Juste le temps de bosser avec deux complices, Zaïnaba Ahamada, chanteuse maloya réunionnaise, et Fanny Roger à la mise en lecture et en espace. Un trio qui sera le bienvenu dans le Périgord. Anaïs, s’il te plaît, pense à m’envoyer la fiche technique, le temps venu. Cela ne prendra qu’un tout petit rien de ton énergie !
Anaïs Enon et sa co-résidente Nadale Fidine, à la maison du Goupillou, en joyeuse promenade à Beaurecueil Forge de la Poésie
Le blogue du Goupil et de ses amis est le porte-voix des initiatives culturelles et artistiques qui poussent de-ci de-là dans le très proche environnement de la maison du Goupillou. Il annonce ou rend compte, il est précis ou évasif, fait la part belle aux mots, aux sons et aux images. Il est un espace de liberté autant que d’information.
Si la maison du Goupillou est accrochée à la terre périgourdine depuis des siècles, elle n’en demeure pas moins plantée à une portée de chevaux fiscaux - ou à crinière - de Limoges et d’Angoulême. Deux villes moyennes qu’on dirait conçues pour nous être agréables ! Limoges, son esprit de résistance et son étincelant festival des Zébrures, de l’écriture à la scène. Angoulême, terre de bande dessinée connue de Bruxelles à Séoul ou Tokyo ; terre aussi de musiques dites métisses grâce au festival du même nom et qui nous concerne de près, le festival Littératures métisses, petit frère du précédent nommé. Ces deux villes proches nous proposent de multiples occasions de sorties et de réseautages. Début juin, Musiques et Littératures métisses secouent la ville. Secouons-la ensemble !
Pour Amina et Claudia, le terrain de jeu est propice.
Amina et Anne-Sophie Stéphanini, romancière, éditrice...
En route vers Brantôme, le pittoresque village qui transporte instantanément tous nos résidents en l’An Mille, aux temps des « Dames galantes » et celui des habitats troglodytes. 25 minutes de voiture sous le soleil, nos oreilles résonnent aux cuivres de l’ami Mangane, le plus Sénégalais des Limougeauds, diffusé par les enceintes de la voiture. Depuis qu’elle l’a découvert, Amina l’écoute, encore et encore. Elle sonorise ses « stories » avec des extraits franco-wolof. Critère indépassable, la jeune romancière parvient à oublier l’espace de quelques instants son chouchou, Wasis ! Et ça, ce n’est pas rien ! Wasis ? Vous savez l’élégant chanteur sénégalais qui a pour pote, Mohamed Mbougar Sarr, le prix Goncourt 2021. Binôme de très grande classe qui "surveille" Amina du haut de leurs talents. La demoiselle est déjà bien entourée !
Dernier jour pour Amandine, il est temps qu’elle se fasse une idée de la magie du Périgord vert. Claudia, dont la coiffure peine à entrer dans l’habitacle (j’exagère... à peine) n’aurait pour rien au monde manqué la sortie. Julie Martinet* nous attend à l’entrée de l’abbaye et nous concocte une visite commentée de la partie troglodyte et du Dortoir des moines. Il n’y a pas que les glaciers qui sont au frais, dans les abris sous roches et habitats aménagés dans la falaise, autrefois les moines bénéficiaient de la protection naturelle, en plus de la divine, et de la source miraculeuse qui leur offrait renommée, accueils de pèlerinages et donc revenus.
Amandine, respectueuse et sensible aux croyances et au mysticisme du lieu quitte ses chaussures en début de visite. Lien direct avec la terre battue et la kyrielle d’esprits qui hante le lieu depuis des centaines d’années. Les trois jeunes femmes, aux croyances parfois bien éloignées de celles qui firent de ce lieu un haut lieu du christianisme régional, sont là, debout devant le bas-relief dit du « Jugement dernier », impressionnant de sobriété. Julie remonte le tic-tac de l’Histoire, donne vie aux élevages de pigeons, marquant la richesse et les privilèges des moines, seulement visibles grâce aux petites cavités creusées sous le « plafond » rocheux. Julie reconstitue, pour les trois futures ambassadrices de Brantôme, le véritable aménagement, les étages invisibles, le mur qui séparait le village de l’abbaye.
Amandine se met en quête d’une bouteille vide afin de prélever un peu d’eau de la fontaine miraculeuse. Le pouvoir de cette dernière favorise la fécondité... dit-on depuis le moyen-âge... * Directrice de l’Office de Tourisme Dronne et Belle
Amandine, Julie, Claudia et Amina de g à d. Devant le "Jugement dernier"... à Brantôme.
Étape bordelaise. Nous traversons le moderne pont d’Aquitaine, qui enjambe la Gironde - réunion de la Dordogne et de la Garonne – et offre une vue sur la ville et le Vieux-Pont de Pierre. Balade touristique dans cette ville qui doit sa beauté, sa classe, à deux sujets d’études bien éloignés l’un de l’autre.
Le premier, le commerce et la production de vin. Même le plus abstinent lecteur a entendu parler des vins de Bordeaux et de sa région : Saint-Emilion, Pauillac ou Saint-Estèphe ? Ni Claudia par goût ni Amina par respect pour sa religion ne sont sensibles à la robe d’un cru classé ! Tant pis. Les cannelés sont davantage à leur goût.
Le second, un autre type de commerce, tragiquement sordide autant que lucratif, celui des esclaves et du tristement célèbre « commerce triangulaire » . Si Nantes et La Rochelle ont des statistiques encore plus insupportables, 150 000 esclaves africains ont transité par Bordeaux. Mais que faire, que dire... Vivre avec. Se souvenir, surtout. Ne pas effacer, ni annuler, juste expliquer. Et aussi, expliquer qu’expliquer ne veut pas dire justifier !
Quoi de mieux pour expliquer et comprendre que de passer du temps dans une médiathèque et de déambuler de rayons en rayons. L’Histoire se comprend sur les rayons d’une médiathèque. Ou, comme ce soir en écoutant un écrivain qui nous ouvre les « esgourdes », que certains ont ensablées. Amina et Claudia ont rendez-vous avec le Djiboutien Abdourahman A. Waberi, invité par l’Institut des Afriques (Bordeaux). Devant un auditoire malheureusement clairsemé, Amina est invitée à lire un extrait de Cahier nomade. Claudia a pu discuter quelques minutes avec sa compatriote et consœur en expression artistique, Beata Umubyeyi Mairesse. Des Haïtiens, dont Guy Régis Jr, le patron du festival des Quatre chemins à Port-au-Prince, lui-même en résidence en Bordelais, sont à l’écoute. Pourquoi si peu de monde ? Si peu d’Africains ou Caribéens, si peu de Bordelais, si peu d’étudiants, si peu de journalistes, si peu de tout... si peu de curiosité, si peu de soutien à la culture, si peu d’engagement. Bref, passons. Non, expression stupide, ne passons pas !
Les deux résidentes de la maison du Goupillou retrouvent Waberi au restaurant pour un tête à tête au carré ! Quand un romancier reconnu, la soixantaine, enseignant dans une université états-unienne (Donald ne l’a pas encore expulsé !) à qui Le Clézio a dédié son Prix Nobel, passe trois heures face à deux jeunes plumes du continent, il ne peut en ressortir que de l’enthousiasme, de l’envie et des questions à gogo... à la revoyure à Kigali, Dakar, Casablanca ou Angoulême. Peu de chance que cela soit à Djibouti, le pouvoir djiboutien goûte peu ce que Waberi pense de lui. Nous voyons ce que cela donne avec Boualem Sansal ! Bref, passons. Non, expression stupide, ne passons pas !
Amandine Saint Martin est partie militer et danser sous d’autres cieux. En Normandie. Avant de traverser à nouveau l’Atlantique vers la Caraïbe.
Depuis quelques jours, la maison du Goupillou tourne à plein régime. Amandine est toujours là, Amina est arrivée et, cerise sur le gâteau, Claudia est en approche ! Reprenons le fil... Amandine Saint Martin termine tout en douceur sa résidence. La jeune femme maintient un équilibre parfois acrobatique qui consiste à ne pas lâcher ses objectifs de résidence tout en ne se désolidarisant pas des nouvelles haïtiennes, toujours aussi peu ensoleillées. Les siens souffrent, disparaissent même, les interrogations sur son retour et sa reprise d’activité apparaissent... le décalage horaire entre Port-au-Prince et le Périgord vert laisse peu de temps pour des repos salvateurs. Pourtant, jeudi prochain, Amandine proposera au public sa « sortie de rési-danse ». Moment énergivore qui, personne n’en doute, embarquera chaque privilégié présent dans un moment de réflexion politique et rythmée...
Amina Jules Dia est, donc, arrivée... 23 ans de légèreté, comme un plume. Attention, pas n’importe quelle plume, une plume de paon, s’il-vous plaît. Pourquoi donc ? La réponse est simple, dans une autre vie, Amina fut paonne, ou paon qui sait ? Elle n’en démord pas. Son long foulard bleu noué dans les cheveux est un clin d’œil à la roue multicolorée de ses aïeux.
La surprise de cette filiation inattendue passée, nous organisons une sortie chez un couple d’amis de la maison du Goupillou chez qui trois paons s’égosillent du haut d’un chêne centenaire et biscornu. Une paonne couve plus loin à l’abri des renards. Amina sautille, appareil photo en main. Obnubilée par les paons perchés, Amina fonce droit sur une ruche. Halte là !
Nous passons la soirée à papoter dans le potager entre poivrier du Sichuan, jeunes plants de bourrache et chats fétichistes des genoux ! Muriel offrira à Amina un bouquet de plumes de toutes les tailles. Plus psychédéliques les unes que les autres. Le Créateur des paons ne s’est pas moqués d’eux, qu’avait-il fumé au moment de choisir la palette de couleurs ! D’autant plus que le bleu n’est semble-t-il pas une couleur naturelle chez le volatile, il n’est le résultat que du jeu de la lumière sur la plume (1). Inlassablement, les paons abandonnent leurs plumes chaque été, profitons-en !
Merci les amis, Muriel, Thibault, Laurent... une résidence est un moment de solitude, certes, mais aussi l’occasion de se nourrir d’expériences nouvelles, de rencontres surprises et surtout de « léooooooner »(2) avec des paons d’une autre latitude. Chose faite pour Amina. A refaire sans doute...
En début de semaine, la maison du Goupillou aura pour la première fois de sa jeune existence, trois résidentes. Ensemble. Nous aurons le grand bonheur d’accueillir pour un mois allongé de quelques jours, Claudia Shimwa. Rencontrée au Festival des Zébrures de Printemps en 2023, Claudia est rwandaise, aussi à l’aise derrière un clavier que sur scène. Amina et elle partageront le mois de juin ici. Ça va pétiller...
Dans l’attente, les deux jeunes femmes assisteront à la « sortie de résidence » d’Amandine. La maison du Goupillou et Beaurecueil – Forge de la Poésie sont aux anges ! La part des anges enivre...
(1) Merci Laurent et Thibault pour le cours de « sciences de la vie ».
(2) En France, « Léon » est l’onomatopée que l’on associe au chant (cri) du paon. Prononcer allongé...
03 05 2025 Amina Jules Dia, en approche...
Premier étonnement au moment d’écrire ces quelques lignes : le correcteur d’orthographe, ou plutôt la fonction qui croit savoir quel mot vous comptez utiliser, impose un farceur « bolique » en suffixe. L’intelligence artificielle possède donc une fonction « sourire ». Bref, Amina Jules Dia sera la prochaine résidente de la maison du Goupillou. Amina et Amandine vont donc compagnonner quelques jours. Que du bonheur !
Amina nous viendra du Sénégal. L’Institut français de Saint-Louis et sa résidence d’artistes, la Villa N’Dar, dirigée par Victor Faye, l’ont accueilli récemment et ils ont proposé à la maison du Goupillou de prendre le relais. Ils ont confiance en l’avenir d’Amina et participer à l’éclosion littéraire de cette dernière est un pur plaisir ! Littéraire et pas que. Amina Jules Dia se voit en romancière-photographe. La photo pour permettre aux personnes ne sachant pas lire de profiter quand même de ses pensées et visions. Belle inspiration.
Pratiquer l’écriture et la photographie demande des attitudes et savoir-faire diamétralement opposés : la patience et la capacité à reprendre dix fois, cent fois le travail sur le métier, se relire, re-relire, à rayer d’un trait de plume, aller marcher et reprendre le fil de sa pensée... et pour la photo, saisir un instant, un mouvement en anticipant, sans possibilité de renouveler la prise de vue dans les mêmes conditions. Pourtant, « photographier » en grec ne veut-il pas dire « écrire avec la lumière » ? Amina Jules Dia pratique donc l’écriture sous toutes ses formes. Hâte de voir ça !
Son roman épistolaire en construction se déroule dans trois cadres différents : son lieu de naissance, la ville de Saint-Louis et un lieu... quelque part au-delà de l’Atlantique. Un lieu qu’elle souhaite baigné d’une belle lumière, porteur d’histoire et de sacré. Croisons les doigts pour que notre « petit coin » de Périgord séduise la jeune femme...
* Le ministère de la Culture du Sénégal est également partenaire
03 05 2025 Amandine Saint Martin est parmi nous ! Limoges C’est dans la plus belle gare de France, ne rechignions pas à user de l’envolée régionaliste, qu’Amandine Saint Martin et ses compagnons de danse et de voyage ont débarqué de Port-au-Prince. Fatigués, excités par l’aventure, toujours une pensée grise pour le pays qui ne cesse de s’écrouler sous les coups bas des gang-sters ! Amandine, cheveux très courts et longiligne n’est pas très chargée, son bagage est quelque par entre Caraïbe et Région parisienne, dans un hangar, une soute ou une remorque d’aéroport ! Elle n’a pas l’air trop inquiet. Après les embrassades d’usage, nous partons vers la maison du Goupillou. Charline Jean Gilles et David Duverseau, restent à la Maison des Auteurs et Autrices de Limoges.
Prendre ses marques : la première opération à réussir pour qu’une résidence soit concluante. Amandine Saint Martin les prend en discrétion et large sourire. Elle semble satisfaite des espaces proposés pour l’écriture et la danse. La météo est resplendissante, les fleurs et les jeunes feuilles vertes illuminent le paysage, Amandine mange comme un oiseau, j’étais prévenu, c’est confirmé. La maison du Goupillou prend peu à peu le rythme tout en retenue de la jeune « dansécrivaine ».
Les discussions partent dans tous les sens : les pâquerettes qui tapissent la terrasse ; comment faire un gâteau à l’avoine ? En quelles langues les radios haïtiennes diffusent-elles * ? Pourquoi Claude Martí, le poète chanteur occitan, parle-t-il de Cuba dans une chanson - que s’est-il passé sur le plateau du Larzac dans les années 70 – manifestation pacifique et politique contre l’extension d’un camp militaire ? Amandine écoute avec attention et plaisir le troubadour occitan, elle comprend le combat contre le camp militaire, la résistance civile, l’engagement citoyen. Elle-même pense que peut-être un jour, elle abandonnera la danse pour jouer un rôle social plus affirmé. La tragédie qui paralyse Haïti ? On en parle ? Oui, mais pour quoi faire ? Trop dur. Douleurs dans les tripes. Pensées pour la famille, les ami(e)s, aussi pour Port-au-Prince qui peut-être un jour n’existera plus...
N’existera plus si les gangs, les mafias et tout le cirque qui se repaît du drame comme les charognards dépècent un cadavre encore chaud, voir encore vivant, vont au bout de leur mission diabolique. Tout cela, Amandine l’a en tête. Comment s’en débarrasser ? Pourtant, elle est là pour écrire. Libérer son esprit pour poétiser sa conception de la danse et transmettre à ses consœurs le sens politique des danses haïtiennes. Voilà à quoi sert une résidence ! Mettre à distance le quotidien et plonger dans ses rêves, ses visions, ses plaisirs, pourquoi pas dans sa mission ?
Ce soir, 1er mai, Amandine Saint Martin rencontre pour la première fois le milieu de la danse mareuillais. Car, aussi étonnant que cela puisse paraître, la danse est sans contestation l’art le plus répandu dans notre petit canton. Nous passons chercher l’amie de la maison du Goupillou, Christine Zwingmann de Beaurecueil Forge de la Poésie, pour nous rendre au spectacle proposé par la compagnie de la new-yorkaise Mari Meade, installée depuis quelques années à Mareuil. Dans le cadre de l’événement départemental, « Châteaux en fête », Mari Meade a été invitée par les propriétaires du Château de Lasteyrie pour interpréter « One sweat dream », chorégraphié par sa compatriote Olivia Miranda. Une heure de spectacle, pieds nus sur le gazon de Lasteyrie, Giana, Dennzyl, Likakoi, Mary Ann, Sarah et Gillian tous from USA, mettent en pas et en image le célébrissime Abbey Road des non moins célébrissimes Beatles.
Que de danseuses et un danseurs. Amandine ne manque pas de possibilités de papotage, voir plus !
Il est question de se revoir... une résidence, c’est aussi cela, se remplir de l’énergie des autres... et retourner dans son abri à la maison du Goupillou.
* Français et créole
Le 10 mai, Amandine Saint Martin rejoindra Charline, David, l’autrice Gaëlle Bien-Aimée et leur petite fée, Soraya, à Paris où ils participent au festival Zoom#10 à Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies Contemporaines, avec la pièce « Aimer en stéréo ».
L’écriture et l’expression haïtienne à l’honneur.
PRODUCTION : Compagnie Actambule
COPRODUCTION : Les Francophonies – Des écritures à la scène, Théâtre de l’Union – CDN du Limousin
SOUTIENS : La Chartreuse Villeneuve Lez Avignon Centre national des écritures du spectacle, Le Préau CDN de Normandie -Vire
Bien que ne faisant pas la Une des actualités de 20h, la violence et l’isolement vécus par les Haïtiens depuis des années n’en sont pas moins tragiques. Contre toute rationalité, le cœur de ce pays meurtri irrigue un milieu culturel résistant, vivace et reconnu dans toutes les places-fortes de la littérature, de la poésie et du théâtre francophone. Lyonel Trouillot, un des chefs de file de ce patrimoine immatériel, ne bougonnait-il pas lors d’un Forum de la langue française à Québec qu’il préférerait qu’il y ait moins de littéraires en Haïti et plus de plombiers…
Plombière, Amandine Saint Martin ne l’est certes pas – à moins que ce ne soit un oubli dans son impressionnant curriculum vitae. La première résidente de l’année 2025 ne se présente pas aisément, encore moins brièvement. Surtout pas en 10 lignes. Seules choses dont nous sommes à peu près certains est qu’elle vient d’Haïti – en passant par la République Dominicaine pour échapper aux troubles de son pays – qu’elle est dans la trentaine et que rien ne l’arrête. Enfin, cette dernière réflexion est une pure spéculation qui « s’impose » à la lecture des CV, notes et documents divers qu’elle a fait parvenir à la maison du Goupillou.
Amandine Saint Martin
Aimablement prêtée par Amandine Saint Martin
Qui êtes-vous Amandine Saint Martin ? Danseuse ? Oui, mais pas n’importe laquelle. Danseuse engagée ? Danseuse politique ? Oui, si on considère que sa volonté de chambouler les approches des danses haïtiennes et caribéennes et de ne plus les considérer uniquement comme un folklore fait d’elle une penseuse de son art. Remonter le fil des Histoires, parler aux classes opprimées, transmettre, interpréter et réinterpréter...
Mais que venez-vous faire dans une résidence d’écriture, Amandine Saint Martin ? Danseuse, disions-nous ? Oui, mais danseuse au parcours universitaire zigzaguant entre Sciences de l’Éducation, des recherches en encadrement psychosocial, un suivi de cours d’anthropologie à la faculté de Sciences humaines à l’Université d’État d’Haïti... stoooop !
Amandine Saint Martin viendra donc écrire, souhaitons-le aussi danser – chers ami(e)s de la maison du Goupillou, vous n’êtes pas sans savoir que la danse est une des activités artistiques premières du Mareuillais. Avis à toutes les amies... Christine, Violaine, Marie et Louise ! Rencontres à venir...
Amandine sera des nôtres dès le 29 avril et le sera tout le mois de mai.
« Ha », j’oubliais, dans une prochaine communication je vous parlerai d’une amie de la maison du Goupillou, Soraya, sans qui Amandine Saint Martin ne serait pas des nôtres. Clin d’œil à elle !
Voulez-vous une pincée de bonnes nouvelles ? Une pelletée ? Par ces temps ombrageux, ténébreux, qui osera dire non ? Bien entendu, ces bonnes nouvelles sont soumises aux aléas du temps et pour les façonner, il a fallu zigzaguer, patienter, croire en les étoiles, réseauter et ne jamais perdre le fil... Automne et hiver studieux. Printemps bourgeonneux ! La maison du Goupillou se réveille, sort d’hivernation, accompagnée des blaireaux. Ceux qui, une nuit firent la course sur les terrasses, slalomant entre les bambous.
Réveil. Tôt le matin. Un voile de brume nous prive de l’horizon mais les contours du proche paysage se dessinent. 2025 va enfin pouvoir s’ouvrir.
La première résidente, celle qui ouvrira le bal, est universitaire et danseuse haïtienne. Puis viendront... une romancière-photographe de Saint-Louis du Sénégal, ensuite une dramaturge rwandaise nous rejoindra...
Ainsi passera le printemps... vous en saurez vite davantage, promesse !
Quelques mots aussi sur le premier bégaiement de cette année. Celui qui aurait dû inaugurer la saison est un poète néo-calédonien, kanak. Les aléas de l’Histoire l’ont retardé. Retardé seulement.
Le premier couac de 2025 vient d’Haïti, la tragédie dans laquelle est plongé ce pays a bouleversé les programmes de mobilité des artistes... et pas que !
Des bonnes nouvelles, vous dis-je. Aussi. Grâce à un partenaire qui soutient la maison du Goupillou depuis ses premiers pas, la Fondation Michalski et aussi à des institutions régionales comme la DRAC Nouvelle Aquitaine, la Communauté de communes Dronne et Belle, et même notre toute petite commune Rudeau-Ladosse. Merci à tous.
Avec nos ami(e)s de Beaurecueil Forge de la poésie, nous avançons... Suivez-nous.