Une boule d’énergie. Rassure-toi Anaïs, je ne m’arrêterai pas à cette facilité pour te présenter ! Mais tu reconnaîtras avec moi qu’avant de te percer plus avant, comme une ombre sur un mur, ton entrain te précède !
Comme toute Marseillaise – même d’adoption – la boussole interne d’Anaïs Enon pointe sa flèche vers le Sud. Sa ville témoigne de la face méditerranéenne de l’hexagone et l’opposition viscérale, même si un brin surjouée, à Paris. Tout n’y est qu’appel du large, excepté quand la sardine bloque l’entrée et donc la sortie du port ! Anaïs colle à ce tropisme. N’est-elle pas partie aux vacances d’été, seule à 13 ans, à la Réunion, pour y retrouver une copine ? Elle y goûta un climat, des fruits et une atmosphère qui laissèrent sans aucun doute quelques « séquelles » !
Les années passant, Anaïs ne décroche pas. Drogue dure, le large ? Ou alors, une douce drogue dure ! Ainsi, juste avant sa venue à la maison du Goupillou, elle partit en résidence à Saint-Louis du Sénégal, à la Villa Ndar. En binôme avec Julie Rousse, elle y écrivit et enregistra un podcast* retraçant la vie et l’ambition littéraire de Sembène Ousmane. Un Sénégalais de Ziguinchor (Casamance) devenu docker écrivain et cinéaste sur le port de Marseille. Une légende pour bien des écrivains africains, un homme de terrain, engagé auprès des ouvriers et des laissés-pour-compte. Anaïs a plongé dans l’univers enfumé d’un artiste en équilibre entre documentaire et fiction.
Mais Anaïs Enon a d’autres cordes à son arc. Elle est une voix, elle lit, joue et double. Son élocution parfaite autant que sa voix « fort et claire » comme disent les Marins-pompiers lors de leurs appels radio, font d’elle une super pro en studio.
* Sembène l’ainé des anciens, Anaïs Enon et Julie Rousse
Depuis 2022, Anaïs Enon planche sur un projet d’écriture qui l’éloigne de cette recherche d’horizon et de grand large. Enfin pas tant que cela ! Reprenons : Anaïs a décidé de taper un grand coup dans la fourmilière des scandales d’état. État français. Pas une exaction que de louches barbouzes auraient fomentée dans un pays fraîchement décolonisé ou dans un port de Nouvelle-Zélande. Non, non. « Une » fabriquée de toute pièce par des gouvernements français en perte totale de repères, pour ne pas dire d’éthique. Et surtout « une » entre un territoire dit français et la métropole : « une » que nous appelons communément, « les enfants de la Creuse » bien « qu’elle » ne concerne pas par exclusivement ce département du centre de la France.
Pour ceux qui seraient passés à côté du fait, un bref résumé un brin provocateur mais factuellement vérifiable et vérifié :
En 1962, comme si les relations franco-algériennes n’étaient pas assez énergivores pour les têtes pensantes du gouvernement français, il a fallu que certaines pondent une idée qui laisse pantois : et si pour repeupler les départements ruraux de l’hexagone en proie à l’exode vers Paris, ou les grandes villes, nous allions chercher des petits Réunionnais pour les distribuer de-ci de-là ? Des orphelins ? Oui, pourquoi pas, mais aussi des gamins pourvus de parents pauvres... Histoire de simplifier le truc, on pourrait distribuer les gamins dans des fermes, creusoises ou limousines, sans aucun contrôle des services sociaux. Aussi, histoire d’appuyer sur le sordide, pourquoi pas faire avorter des Réunionnaises de force ? En filant un billet à l’heureux papa pour qu’il y trouve un avantage, quand même ! De 1962 à 1984, 2000 gamins et donc familles ont subi ce honteux trafic.
Le but de ce papier n’est pas de « divulgacher » l’histoire ! Juste de contextualiser. Anaïs Enon s’est emparée de ce lourd dossier en écrivant une nouvelle. Huit petites pages, intitulées À fleur d’eau, très bien accueillies par le milieu, qui obtinrent en 2024, le 1er prix du concours de nouvelles G-E Clancier. Encouragée par ce succès, l’autrice se piqua de vouloir approfondir ses écrits. À la maison du Goupillou, les pages s’enchaînent et les recherches s’affinent. Après un retour estival dans son paradis marseillais, elle repartira en septembre terminer – souhaitons-lui – son roman lors d’une résidence à Cahors, à la Fabrique francophone.
Et puis ? Pour boucler la boucle, Anaïs Enon proposera une lecture musicale. Un peu de patience, à la rentrée 2025, ou début 2026. Juste le temps de bosser avec deux complices, Zaïnaba Ahamada, chanteuse maloya réunionnaise, et Fanny Roger à la mise en lecture et en espace. Un trio qui sera le bienvenu dans le Périgord. Anaïs, s’il te plaît, pense à m’envoyer la fiche technique, le temps venu. Cela ne prendra qu’un tout petit rien de ton énergie !